Cet article de blog fait partie d’une série de trois articles sur le catch et l’improvisation, tirée d’une réflexion personnelle mené lors de la conception de mon stage « Catch et Improvisation ». Fan de catch depuis 25 ans et catcheur semi-professionnel depuis 6 ans, j’utilise des éléments d’improvisation et dans ma pratique d’improvisateur, j’utilise des éléments du catch. Ceci est bien entendu subjectif, et je suis ravi de discuter de cela !

L’engagement
C’est le centre de mon stage « le catch (le vrai, pas l’autre) et l’impro » ; cette notion d’engagement. En catch, elle se traduit à plusieurs niveaux :
- Déjà, l’entraînement est régulier, on ne performe pas sans s’être un minimum entraîné pour appréhender toutes les subtilités techniques.
- Ensuite, sur le ring, notre catcheur est comme le clown d’un artiste clown ; tant que je suis catcheur, je reste dans son attitude (on appelle ça le kayfabe dans le monde du catch). À aucun moment, je ne brise mon personnage.
- Enfin, mon engagement est physique, je me donne à/aux adversaire(s) autant que je me donne car sans cet engagement, je peux au mieux décrédibiliser le match ou mon adversaire (en ne venant pas l’impact de ses coups par exemple), au pire, je peux le blesser gravement ou me blesser moi.
Bien entendu, on a moins de chance de blesser quelqu’un en improvisation, mais le parallèle s’applique quand même sur les deux derniers points (le premier point est à la discrétion de chacun!) :
- Les personnages sont nos catcheurs, rester engagé.e dans notre personnage nous aide à crédibiliser l’histoire pour que les spectateurs soient investis. Que ce soit physiquement ou mentalement. Mon décrochage ne peut se faire qu’une fois en coulisses.
- Je suis dans la scène physiquement, et en restant engagé physiquement, émotionnellement, en restant connecté, je donne à mon partenaire le nécessaire pour construire une scène.
La connexion
En catch, un combat peut être impeccable techniquement mais s’en retrouvera fortement diminué en termes d’impact sur le public si la connexion ne se fait pas avec celui-ci et surtout entre les deux catcheurs. Par connexion, j’entends une connivence. Et cette connivence est importante pour moi en improvisation également ! On est capable de s’envoyer des sacrés bastos sur un ring, comme on sait jusqu’où on peut aller en termes d’intensité de jeu avec un improvisateur ou improvisatrice avec qui on crée cette connexion.
Mais il ne faut pas exclure les cas où l’on joue avec des personnes qu’on connaît à peine, et à ce moment-là, la connexion se fait via une écoute active. Deleuze disait que les rencontres étaient l’occasion d’un apprentissage ; quand je rencontre un nouveau catcheur, j’apprends à le connaître et à adapter mon moveset (les mouvements que je sais faire) à ses capacités. Mon côté brut va peut-être être inefficace contre un catcheur qui fait 1m90 pour 120 kg de muscle. Je change alors.
Quand j’aborde un match, je dois créer cette connexion sur deux plans :
- Je ne joue pas de la même manière avec mes partenaires de toujours qu’avec mes partenaires d’un soir. Je dois prendre plus mon temps pour découvrir le rythme, les envies et surtout jusqu’où sont-ils prêts à aller avant le match.
- Bien entendu, ce temps est aussi nécessaire avec des gens avec qui on connaît depuis longtemps mais le temps de la connaissance se transforme en temps de reconnaissance (au sens étymologique du terme, c’est-à-dire le temps de revenir en arrière dans notre tête et de voir si tout ce que l’on sait sur lui/elle est toujours d’actualité, a-t-il/elle encore envie d’impros où on se lâche complétement, ou est-il/elle dans une humeur à faire plus d’improvisations posées et sensibles ?).
- En jeu, je pratique l’engagement dont je parlais dans le paragraphe précédent !
Et en improvisation, cette connexion passe par la mise en confiance par les exercices et par les échanges avant ! Il me paraît difficile de rentrer dans un spectacle avec des personnes avec lesquelles on a à peine pris le temps d’échanger. Du temps pour sociabiliser au début, c’est super ! 🙂
[À bientôt pour la dernière partie !]
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