Cet article de blog fait partie d’une série de trois articles sur le catch et l’improvisation qui sortiront sur trois semaines, tirée d’une réflexion personnelle mené lors de la conception de mon stage « Catch et Improvisation ». Fan de catch depuis 25 ans et catcheur semi-professionnel depuis 6 ans, j’utilise des éléments d’improvisation et dans ma pratique d’improvisateur, j’utilise des éléments du catch. Ceci est bien entendu subjectif, et je suis ravi de discuter de cela !

Comme souvent dans les comparaisons, il y a des sourcils qui se lèvent (amusés, ou circonspects) ; quels sont le points qui rapprochent notre pratique l’impro d’un sport-spectacle que l’on dit « faux » (j’y reviens plus loin) où le culte du corps est encore présent et où le slip est un habit normal pour se battre ? Zoom sur un parallèle qui passe par dessus la troisième corde !
Déjà, Keith Johnstone …
C’est lors d’une conversation avec plusieurs improvisateur.ice.s [Dont un certain Mark Jane, je ne sais pas si vous le connaissez], fin.e.s connaisseur.se.s de la philosophie de Johnstone, que j’ai eu vent du fait qu’il était un fan de catch. En faisant quelques recherches, j’ai découvert qu’une partie de sa fascination venait du fait qu’il considérait le catch comme le seul théâtre pour les gens de la classe moyenne (ça nous renvoie également à Roland Barthes dans cet extrait de Mythologies , entre autres). Il admirait le public dans sa réaction ; le public d’un théâtre classique est sage, il attend poliment la vanne, la performance. Le public de catch n’est rien de tout ça ; il n’est pas sage, il est là pour huer le méchant, supporter le gentil, détester l’arbitre qui ne verra pas la triche. Il est en vie ! Et cette dimension a participé à développer le TheaterSport, et même plus généralement à la conception de Johnstone du théâtre d’improvisation.

La suspension consentie de l’incrédulité
En tant qu’improvisateurs et improvisatrices, nous jouons avec rien d’autres que notre corps sur la plupart des spectacles, mais le public consent à cela ; il sait qu’en venant voir le spectacle, il verra de gens sans aucun accessoire ni décor (dans la majorité des spectacles), raconter et vivre plein d’histoires en mimant. En ce sens, il est prêt à accepter des choses incroyables, fantastiques, tant qu’elles ne sont pas incohérentes au sein des histoires que nous racontons. C’est ce qui s’appelle la suspension consentie de l’incrédulité (elle existe aussi au théâtre à texte où le public sait que l’histoire qu’il va voir ne se passe pas dans sa réalité, mais il va se laisser embarquer, ou au cinéma, où la cohérence au sein d’un univers est très importante).

Au catch, elle est importante également ; le public a cette idée préconçue que nous offrons du « faux » (On préférera la terme « arrangé » car l’investissement corporel est trop important pour nous, les corps sont brisés et l’impact ) lors de nos échanges. Cependant, le public est toujours là à être en folie, à réagir, et à croire à tout ce qu’il voit. Tout cela ne tient qu’à une seule chose, à mon sens : notre engagement.
[La suite bientôt !]
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